Modérer est en réalité une technique d’animation.

Être modérateur, c’est d’abord être animateur et ensuite apporter une certaine façon de faire et quelques techniques particulières à la structure du débat.

En tant qu’animateurs, nous animons souvent des débats. Même en dehors des évènements « débat » à proprement parler !

Par exemple, dans une formation, le formateur peut gérer une discussion où les participants ne sont pas en accord.

Dans une réunion aussi, pour prendre une décision, il faut souvent débattre et croiser les opinions avant de sélectionner la meilleure option.

Qu’est-ce qu’un débat ?

Le débat est une discussion entre deux ou plusieurs parties sur un sujet précis ou de fond et durant laquelle les personnes ont des avis, idées, réflexions ou opinions plus ou moins divergents.

Je suis tout à fait d’accord avec toi super animateur, cette définition est du jargon académique.

Alors simplifions : le débat, c’est quand plusieurs personnes discutent sur un sujet autour duquel ils ne sont pas d’accord.

Dans la croyance populaire, on pense que l’objectif du débat c’est de « convaincre l’autre« . Que nenni ! La finalité du débat, c’est de trouver les meilleures options pour tous.

En effet, si on est pour ou contre quelque chose, l’objectif final est de trouver une option qui convient aussi bien à une partie qu’à l’autre, sans quoi on aurait du mal à vivre ensemble.

Et là aussi, je suis tout à faire d’accord avec toi super animateur, je viens de te servir un flan de pensées positives enrobées de sauce new age… mais j’y crois 😉

Qu’est-ce qu’un modérateur ?

Le modérateur, c’est la personne qui va gérer le déroulement du débat. Est-ce juste un distributeur de paroles ou un calmant d’esprits ? Pas forcément !

Il est le guide, celui qui va amener les deux parties à une conclusion. Il doit donc « poser le cadre« , dicter des règles, les rappeler au besoin, favoriser l’expression de chacun et faire une synthèse à la fin.

Si tu as une impression de déjà-vu, c’est normal, on reprend ici les missions d’un animateur.

Comme je l’ai dit plus haut, le modérateur est d’abord animateur. Ensuite, le débat lui exige d’adopter certains outils particuliers.

Quels sont les outils du modérateur ?

Pour mener à bien un débat, il faut avoir les outils suivants :

1) La structure

Comme une bonne histoire ou un film qu’on regarde avec passion, le débat a un début, un milieu et une fin. (Avec du conflit et des rebondissements, parfois même des larmes ! Du grand cinéma !).

La structure d’un débat est donc constituée de :

  1. Une introduction : le modérateur présente le sujet en formulant une question précise à laquelle vont répondre les participants ;
  2. Un déroulement : c’est la partie où chacun exprime son avis, présente ses arguments, réfute ceux de l’autre… sous le regard vigilant et bienveillant du modérateur ;
  3. La conclusion : une fois que tout (ou presque) a été dit, le modérateur va conclure. Il résumera les points essentiels qui ont été évoqués et proposera une conclusion à adopter.

2) La gestion de la parole

C’est au modérateur de distribuer la parole. Il indique l’ordre dans lequel les personnes prennent la parole.

Si c’est un débat à deux parties, il alternera entre la proposition et l’opposition en veillant à être équitable.

Dans le cas d’un débat public avec plusieurs intervenants, il veille à ce que toutes les personnes qui ont demandé la parole puissent s’exprimer.

La gestion de la parole se fait soit de manière fluide et spontanée lorsqu’on a affaire à un groupe « raisonnable »; ou alors avec des règles strictes lorsqu’on a en face de nous des personnes enflammées et passionnées.

3) La gestion du temps

Ici, on va parler de deux aspects.

L’aspect le plus classique est celui de gérer le temps global. Veiller donc à donner quelques minutes à l’introduction, et quelques minutes à la fin pour la conclusion, puis s’assurer que le temps alloué au débat ne soit pas dépassé.

L’aspect le plus intéressant est crucial au débat par contre, c’est la répartition équitable du temps de parole. À l’issue du débat, il ne faut pas que des personnes ressentent qu’on les a empêché de s’exprimer ou qu’on leur a limité le temps.

Il faut donc veiller à ce que tous les participants aient un temps de parole suffisant, sans empiéter sur celui des autres.

Personne ne doit être frustré

Et si quelqu’un est frustré, ça doit être pour des raisons objectives et non pas à cause du modérateur.

4) Le recadrage

C’est l’action de ramener la discussion sur le sujet du débat.

En effet, les personnes ont tendance à sortir du sujet ou à approfondir des détails techniques qui ne font pas forcément avancer la discussion.

À ce moment-là, c’est le rôle du modérateur de « recadrer » :

  1. Reprendre la parole ;
  2. Signaler le fait qu’on est sortis du sujet ;
  3. Rappeler à nouveau le sujet et là-où on s’est arrêtés ;
  4. Relancer le flux de la discussion.

Le recadrage doit se faire autant de fois que nécessaire. Il faut être aussi entêté que les participants. S’ils s’obstinent à sortir du sujet, le modérateur doit s’obstiner encore plus à les ramener sur le droit chemin.

5) La reformulation et la synthèse

Pour faire avancer la discussion, il est parfois important de faire des « arrêts« .

En effet, dans un débat, on peut parfois franchir des étapes, une partie peut gagner du terrain…etc.

Le rôle du modérateur est à ce moment-là, de marquer ces arrêts, de reformuler un ensemble de propositions et de synthétiser l’état actuel de la discussion.

Exemple : « Donc, à ce stade-là, on a Jean et Emilie qui insistent sur l’importance d’introduire du numérique dans les écoles, en avançant les arguments de la modernité et de l’efficience. De l’autre côté, Salim et Muriel sont réticents face à ce phénomène et insistent sur les dangers d’une « évolution non contrôlée » qui suivrait juste un phénomène de mode. On peut dire qu’à ce stade, le sujet du débat n’est pas si on est « pour » ou « contre » le numérique, mais les conditions pour le mettre en place. Êtes-vous d’accord ? »

6) La neutralité

S’il y a une qualité fondamentale pour un modérateur de débat, c’est bien sa neutralité.

Dans l’absolu, le modérateur a tout a fait le droit d’avoir sa propre position sur le sujet, il doit juste ne pas l’exprimer (lol).

Dès que le modérateur laisse transparaître qu’il a une tendance, il perd sa crédibilité. Des participants peuvent l’accuser de donner plus de temps de parole ou de favoriser telle position.

Aussi, s’il entre lui-même dans un débat avec les participants, il dévie le sujet de la discussion et fait perdre du temps au groupe.

 

Alors, comment modérer un débat public ?

Maintenant que nous avons passé en revue les outils du modérateur, il suffira de bien savoir comment les utiliser.

Dans le débat public, les participants ne sont pas structurés, ils ne viennent pas déjà préparés en sous-groupes, mais ils vont former des groupes de position informels.

Voici donc les étapes pour animer son débat public :

1. Se préparer, mais pas trop

Contrairement à ce qui est répandu comme pensée, le modérateur d’un débat ne doit pas « maîtriser » son sujet.

Il est bon d’être informé pour bien se préparer, mais l’objectif du modérateur est de faire parler les gens, il n’a donc pas besoin d’avoir un savoir érudit sur la thématique.

Personnellement, je préfère même animer un débat sans en connaître les enjeux, ça me permet d’être neutre et de vivre le débat comme une expérience d’apprentissage ; je découvre les informations quand elles me sont présentées.

Il faut donc se préparer un minimum pour pouvoir faire une introduction.

Il est aussi important d’avoir sous la main 2 ou 3 « sous questions« , car parfois le débat peut tomber (se calmer) et c’est le rôle du modérateur de le relancer.

2. Définir la méthode de prise de parole

En fonction du type de sujet et de l’audience (taille du groupe et qualité des personnes), on peut adopter différentes méthodes de prise de parole :

  1. Prise de parole spontanée : pour les petits groupes calmes, laisser les gens s’exprimer les uns après les autres de manière naturelle. Ils seront assez respectueux pour ne pas s’entre interrompre ni trop monopoliser la parole ;
  2. Prise de parole à main levée : les personnes doivent d’abord lever la main et attendre que le modérateur leur donne la parole. Il est important dans ce cas de noter dans un papier l’ordre dans lequel les personnes ont demandé la parole ;
  3. Alternance : lorsqu’on a un sujet qui polarise, il faut à chaque fois alterner entre les « pour » et les « contre » ou entre « option A » et « option B ». Le modérateur précise donc à chaque fois le type de position qui va s’exprimer ;
  4. Tour de table : assez rare dans un débat, mais tout aussi possible, surtout lorsque la question du débat est du type « quelles meilleures solutions ? » ou « que pensez-vous de… ». Veiller à ce qu’il y ait plusieurs rondes pour que les personnes puissent avoir un droit de réponse.

La méthode de prise de parole doit être annoncée dès le départ.

3. Définir les règles

Toujours en fonction de la nature du groupe, il faut mettre en place des règles et les annoncer au départ pour vérifier que les participants y adhèrent :

  • Mettre son téléphone sur vibreur ;
  • Ne pas interrompre ;
  • Respecter les avis ;
  • Temps de prise de parole limité à tant de minutes par personne ;

Ces règles sont importantes car elles permettront au modérateur de mieux gérer la fluidité des échanges et d’intervenir en cas de dépassement.

4. Animer !

La suite, c’est de l’animation pure et dure. Distribuer la parole, reformuler au besoin, s’arrêter quand il le faut pour synthétiser, relancer lorsque la tension retombe…etc.

Il faut injecter son propre style d’animation en étant soi : drôle et dynamique, ou au contraire sérieux et réservé. Il ne faut pas hésiter à faire vivre le débat pour encourager les participants à s’exprimer et à s’engager dans la discussion.

5. Conclure

La conclusion est capitale ! C’est ce qui va permettre aux participants de réaliser ce qu’ils ont produit.
Est-ce que les arguments d’une partie ont été plus convaincants que l’autre ?

Avons-nous identifié une série de recommandations ou de solutions intéressantes ?

Le groupe a-t-il soulevé encore plus de questions autour desquelles il faudra prévoir d’autres débats ?

Le modérateur doit présenter ces résultats de manière claire et surtout, s’assurer qu’elles conviennent aux participants.

Est-ce difficile ?

Beaucoup d’animateurs ont peur d’endosser le rôle de modérateur. Ils ont tout de suite l’image de plusieurs personnes qui crient en même temps, les yeux injectés de sang, tandis qu’eux, essaient de les calmer de manière désespérée.

Juste parce que les débats « mal animés » prennent cette tournure, il n’est pas nécessaire de considérer cette image comme « la règle ».

Très souvent, les débats virent au vinaigre car il leur manque l’un des éléments que nous avons cités plus haut.

Le modérateur ne pose pas de règles claires dès le départ, ne les fait pas adopter, il laisse transparaître son avis sur la question, se décrédibilise…etc.

Si le modérateur se prépare un minimum et qu’il ne grille aucune étape, il peut déjà poser un cadre serein et agréable.

Oui ! Il y aura toujours des têtes brûlées, des obstinés, des négatifs, des orgueilleux fanfarons, des émotifs…

Mais il est préférable de les gérer dans un cadre qu’on maîtrise, que de les subir dans un contexte où on a déjà perdu le contrôle sur la situation.

En conclusion, je dirais que si tu es un bon animateur et que tu développes par la pratique les outils de modération, alors tu es sur la bonne voie pour devenir un excellent modérateur.

 

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1 commentaire

5 raisons pour devenir formateur - Super Animateurs · avril 15, 2019 à 8:06

[…] tu animes un ateliers sur « les techniques de débat« . Tu es en train de créer de meilleurs […]

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